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Le concept « One Health » : vue d'ensemble

Publié le mardi 1 septembre 2026

Plusieurs concepts ont vu le jour au cours des quatre dernières décennies, tous proposant d'intégrer la santé humaine à l'environnement qui l'entoure. Ils diffèrent par la manière dont ils articulent les différentes santés et par le point de vue adopté.

Historique

Revenons sur l'histoire de ces termes et sur leur signification :

1971, Global Health (santé mondiale) : introduite par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) dans le rapport « The Politics of Global Health ». L'approche de santé mondiale consiste à prendre en compte les interactions entre la mondialisation, le changement climatique et les déterminants de la santé. En 1993, l'OMS a endossé le rôle de coordinateur international de la santé mondiale.

1984, One Medicine (Une Seule Médecine) : Calvin Schwab, vétérinaire et épidémiologiste, crée le concept de One Medicine dans son ouvrage « Veterinary Medicine and Human Health ». Il souligne les similitudes entre médecine humaine et médecine vétérinaire, ainsi que la nécessité d'une collaboration pour prévenir, soigner et contrôler efficacement les maladies partagées entre les animaux et les humains.

2004, Les Principes de Manhattan : présentés à New York par la Wildlife Conservation Society (WCS). Le premier principe met l'accent sur la nécessité de reconnaître les liens entre santé humaine, santé animale et environnement.

2008, One Health : symposium de Charm el-Cheikh, Vietnam, lancement officiel de l'approche One Health, visant une meilleure collaboration au sein de l'Alliance tripartite : OMS, Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et Organisation mondiale de la santé animale (OMSA, anciennement OIE).

Le concept One Health, développé par les communautés vétérinaires et celles de l'écologie des maladies en réponse aux maladies infectieuses émergentes, est resté fragmenté et limité dans sa prise en compte des aspects environnementaux. Afin de renforcer cette approche, le One Health High-Level Expert Panel (OHHLEP — groupe d'experts de haut niveau « Une seule santé ») a été créé en 2020, lors du Forum de Paris sur la Paix, par l'OMS, l'OMSA, la FAO et le PNUE (Programme des Nations unies pour l'environnement). Composé de 26 experts indépendants, ce groupe formule des orientations et des recommandations sur l'interdépendance des santés humaine, animale et environnementale, afin d'appuyer les décideurs publics et de sensibiliser le grand public.

Le principe “Une seule santé” consiste en une approche intégrée et unificatrice qui vise à équilibrer et à optimiser durablement la santé des personnes, des animaux et des écosystèmes. Il reconnaît que la santé des humains, des animaux domestiques et sauvages, des plantes et de l’environnement en général (y compris des écosystèmes) est étroitement liée et interdépendante. L’approche mobilise de multiples secteurs, disciplines et communautés à différents niveaux de la société pour travailler ensemble à promouvoir le bien-être et à lutter contre les menaces pour la santé et les écosystèmes. Il s’agit également de répondre au besoin collectif en eau potable, en énergie propre, en air pur, et en aliments sûrs et nutritifs, de prendre des mesures contre le changement climatique et de contribuer au développement durable. »

Le terme Ecohealth (écosanté) a été introduit en même temps que One Health, renforçant l'approche One Health par la prise en compte des modifications des écosystèmes et de l'ensemble de leurs interactions, y compris la santé de la flore. Une seconde approche s'attache davantage à comprendre et à analyser les agents pathogènes potentiels pour l'humain en explorant la biodiversité.

  • 2015, Planetary Health (santé planétaire) : concept proposé par la Commission Rockefeller Foundation–Lancet, en même temps que le lancement des Objectifs de développement durable des Nations unies. La santé planétaire y était définie comme « la santé de la civilisation humaine et l'état des systèmes naturels dont elle dépend ». En 2021, la Planetary Health Alliance en a proposé une nouvelle définition : « un champ transdisciplinaire et un mouvement social orientés vers les solutions, consacrés à l'analyse et au traitement des effets des perturbations d'origine humaine sur les systèmes naturels de la Terre, sur la santé humaine et sur l'ensemble du vivant ».
     
  • Le concept « One Welfare » élargit la dimension santé pour y inclure celle du bien-être. Il souligne que le bien-être animal et le bien-être humain sont interconnectés et s'influencent mutuellement, sur les plans physique comme mental.

 

FR graphique ONE HEALTH


Source : Morand, S., Guégan, J.-F., Laurans, Y., 2020. Adapté de Assmuth et al., 2019. 

Nuances et limites

Les recoupements sont de plus en plus fréquents à mesure que le concept One Health gagne du terrain. Ces chevauchements peuvent être source de confusion, principalement parce qu'ils mobilisent des disciplines et des communautés différentes.

La santé mondiale (Global Health, GH) ne peut être considérée comme une discipline à part entière. Il est plus juste de la définir comme un « champ » d'étude et de pratique situé à l'intersection de nombreuses disciplines. Elle répond au besoin d'une vision « globale » de One Health, englobant à la fois les cadres One Health et Planetary Health, qui permettent de passer du « local au global », ou plus précisément du « moléculaire au global », afin de traiter les enjeux de santé, de bien-être et de durabilité pour les humains, les animaux et l'environnement.

La santé planétaire (Planetary Health, PH) met en avant le lien entre la santé humaine et une planète en bonne santé ; elle se concentre davantage sur l'environnement, en particulier le changement climatique et la santé humaine, ainsi que sur les déterminants sociaux de la santé humaine.

Le concept d'Ecohealth insiste sur le rôle de l'environnement et d'écosystèmes sains dans la santé animale et humaine. Il met l'accent sur la protection de la biodiversité et de sa valeur intrinsèque, dans son ensemble, et sur la prévention de toutes les menaces sanitaires.

EcoHealth et Planetary Health ont considérablement élargi la dimension environnementale et l'éventail des menaces à prendre en compte dans les politiques de santé publique, et ont introduit des considérations d'équité.

Tous ces concepts présentent des limites. Plusieurs points de vigilance doivent être gardés à l'esprit lorsqu'on y fait référence :

  • La réflexion actuelle est trop anthropocentrée : même si toutes ces approches promeuvent une vision élargie de la santé, les animaux et l'environnement sont avant tout protégés pour préserver l'être humain ; la lutte contre l'antibiorésistance en est une bonne illustration. Un changement de perspective est nécessaire, reconnaissant que les maladies peuvent aussi se transmettre des humains aux animaux, avec des conséquences majeures pour les espèces sauvages comme domestiques. Une approche intégrée des modèles de gestion sanitaire, vétérinaire et écologique s'impose.
  • Les actions concrètes restent limitées, la plupart des efforts demeurant au stade des recommandations. Les pratiques existantes devraient être mieux documentées et mises en œuvre plus résolument. En France, par exemple, les financements en santé restent souvent cantonnés à un seul domaine (santé animale, végétale ou humaine), ce qui empêche les organismes gestionnaires d'espaces naturels d'y prétendre.
  • Une approche globale et intégrée ne doit pas occulter les inégalités sociales persistantes, auxquelles il convient de répondre.
  • Cette perspective élargie devrait conduire à un questionnement plus profond, et plus politique, de notre modèle de développement.

Pour conclure, il existe d'une part une difficulté à intégrer véritablement les trois dimensions — santé humaine, animale et environnementale — et d'autre part une difficulté à traduire en politiques publiques les concepts (potentiellement innovants et ambitieux) formulés depuis vingt ans pour faire progresser ce domaine.

Comment avancer ?

Pour mémoire, à l'occasion de la Journée mondiale de la santé, la France a accueilli le Sommet One Health à Lyon en avril 2026.

Ce sommet a permis de réunir, pour la première fois, des chefs d'État et de gouvernement du monde entier, des représentants des organisations internationales et régionales concernées, des parlementaires, des scientifiques ainsi que des représentants du secteur privé, de la société civile, des collectivités locales, des banques de développement et des organisations de jeunesse, afin d'accélérer la mise en œuvre de l'approche « One Health ».

Face à l'intensification des crises sanitaires, climatiques et environnementales, ces acteurs se sont engagés à agir collectivement pour relever les grands défis qui affectent notre santé et dégradent notre planète. Les engagements pris lors du Sommet One Health, coprésidé par le Ghana et la France, traduisent une conviction partagée : pour prévenir les risques plutôt que d'avoir à les traiter, l'approche One Health est indispensable.

Le Comité français de l'UICN a formulé des recommandations pour une mise en œuvre effective de l'approche One Health. Cette approche encourage une transformation progressive de notre société, essentielle pour relever les défis environnementaux et sanitaires liés notamment à la pollution et au changement climatique.

  • Adopter une loi et une stratégie nationales « One Health », soutenues par une coordination interministérielle solide, afin d’intégrer la santé dans toutes les politiques publiques.
  • Donner la priorité à la lutte contre le commerce illégal d’espèces sauvages  et à la réduction des interactions néfastes entre l’homme et la faune sauvage, afin de protéger la biodiversité et de limiter les risques sanitaires.
  • Placer la protection et la restauration de la biodiversité au cœur de la politique de santé, grâce à un financement dédié et à des outils d’évaluation d’impact.
  • Renforcer la participation régionale à la mise en œuvre des politiques.
  • Implication des entreprises : intégrer l’approche « One Health » dans leur stratégie.

  • Vigilance face aux maladies infectieuses émergentes : amélioration des systèmes de surveillance et de préparation face aux maladies émergentes et aux zoonoses endémiques.
  • Lutte contre la résistance aux agents antimicrobiens.
  • Identification des perturbations survenant dans notre environnement susceptibles de favoriser l'émergence de nouvelles maladies, infectieuses ou non, ou l'aggravation de pathologies existantes : le concept d'« exposome ».

Bien que l’approche « One Health » ait maintes fois prouvé son efficacité, sa mise en œuvre se heurte à toute une série de défis :

  • des défis pratiques : l’absence de gouvernance mondiale ;
  • des défis idéologiques : l’absence de définition claire de l’intérêt général, la primauté de l’individu sur la collectivité ;
  • des défis épistémologiques : le rejet de la légitimité de la science en tant que source de vérité.
graphique ONE HEALTH

Source : adapté de OHHLEP 2021 (opens in a new tab)

L'engagement de Ceva WRF

Ceva WRF apporte à chaque projet scientifique ce dont il a besoin : les ressources pour avancer, l'expertise pour réussir et les connexions pour aller plus loin.

Exemples de projets qui vont bien au-delà de simples idées One Health :

En septembre 2025, l’Australie a accordé une autorisation conditionnelle pour un vaccin contre Chlamydia pecorum chez les koalas. Autorisé dans le cadre d’un permis d’utilisation mineure (PER94984) délivré par l’autorité Australienne des Pesticides et des Médicaments Vétérinaires (APVMA), ce vaccin peut être utilisé sous surveillance tandis que son efficacité continue d’être évaluée.

Des vaccins vétérinaires contre les infections à chlamydia sont déjà homologués pour une utilisation chez le bétail et les animaux de compagnie. Il s’agit notamment de vaccins ciblant Chlamydia abortus pour prévenir l’avortement enzootique chez les moutons, et de vaccins contre Chlamydia felis destinés à réduire les manifestations cliniques de la maladie chez les chats.

Défis

Les vaccins destinés à la faune sauvage ciblent souvent des populations restreintes et dispersées et génèrent peu de bénéfices commerciaux, alors qu’ils exigent les mêmes processus rigoureux de développement, d’essais et de réglementation que les vaccins destinés à l’homme ou au bétail. Leur évolution à long terme dépend de modèles de financement spécifiques qui reconnaissent leur valeur écologique et d’intérêt public, notamment un financement durable, des partenariats public-privé ou à but non lucratif, ainsi que des incitations réglementaires contribuant à compenser les coûts de développement et de déploiement de vaccins à usage limité.

Opportunités

Les koalas sont confrontés à de nombreux défis similaires à ceux rencontrés dans le développement de vaccins contre la chlamydia chez l’homme, notamment des marqueurs immunitaires peu clairs, des limites éthiques imposées aux études d’infection expérimentale et de faibles incitations commerciales. Le vaccin contre C. pecorum destiné aux koalas montre que des avancées précieuses en vaccinologie peuvent découler de modèles non conventionnels. Les principales caractéristiques du vaccin pour koalas, telles que l’administration unique, la surveillance intégrée et la pertinence écologique pourraient contribuer à orienter la mise au point de futurs vaccins contre C. trachomatis et d’autres agents pathogènes intracellulaires.

Plus généralement, les approches inter-espèces, bien qu’encore sous-utilisées, offrent un fort potentiel pour accélérer les progrès dans la lutte contre les agents pathogènes émergents et négligés.

 

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Le développement d’un vaccin oral contre la maladie des tumeurs faciales du diable de Tasmanie constitue un autre exemple illustrant l’importance du partage des connaissances et de l’interdisciplinarité.

La maladie des tumeurs faciales du diable de Tasmanie (DFTD) a entraîné un déclin sévère des populations sauvages de diables de Tasmanie (Sarcophilus harrisii). La maladie est causée par deux cancers transmissibles distincts, le DFT1 et le DFT2, qui entraînent tous deux un taux de mortalité proche de 100 %. Il est à noter que les cellules DFT1 n’expriment normalement pas les molécules du complexe majeur d’histocompatibilité de classe I (CMH-I), ce qui leur permet d’échapper à la détection et à la réponse du système immunitaire de l’hôte.

Le défi est donc le suivant : mettre au point un vecteur capable de stimuler l’expression des composants du CMH de classe I sur les cellules tumorales faciales du diable de Tasmanie.

L’adénovirus humain de sérotype 5 (Ad5) a été largement utilisé comme vecteur de transfert de gènes et comme plateforme vaccinale chez l’homme et d’autres mammifères euthériens. Cependant, sa capacité à transduire les cellules des marsupiaux et à exprimer des transgènes n’avait pas encore été établie. Une étude de 2022 a démontré que l’expression de l’interféron gamma (IFN-γ) médiée par l’adénovirus avait réussi à induire la régulation à la hausse de la β2-microglobuline — un composant clé du CMH de classe I — sur les lignées cellulaires DFT1, DFT2 et les fibroblastes du diable de Tasmanie.

Ces résultats démontrent que l’Ad5 humain peut transduire avec succès des lignées cellulaires de diables de Tasmanie et induire l’expression de transgènes fonctionnels. Cela justifie la poursuite des recherches sur les vecteurs adénoviraux humains en tant que plateformes pour des vaccins prophylactiques et des immunothérapies ciblant la DFTD, avec des applications potentielles pour d'autres maladies des marsupiaux. 

 

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Bibliographie

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