Banc de Manchots royaux
Banc de Manchots royaux

Terres Australes - Étudier la vaccination contre la grippe aviaire chez les manchots royaux

Face à la progression de la grippe aviaire chez les oiseaux marins et au risque d’atteinte des colonies subantarctiques, ce projet a été mis en place pour évaluer un moyen de protéger des population sauvages grâce à une stratégie de vaccination préventive. Il s'agit d'évaluer la capacité d'un vaccin contre la grippe aviaire à induire une réponse chez des manchots royaux dans l'archipel des îles Crozet. L’objectif : évaluer la réponse immunitaire et l’efficacité d’un vaccin chez les poussins, afin de déterminer sa capacité à les protéger durant leur longue période de sensibilité à terre et de contribuer au développement de solutions de protection pour les populations d’oiseaux sauvages.

Présentation du Projet

Localisation : Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF) 🇫🇷

Porteur du Projet : Dr. Thierry Boulinier   (opens in a new tab)

Statut :  En cours 

Durée : Non définie (+ de 2 ans)

Partenaires : 

Contexte

Une épizootie mondiale sans précédent 

 

Depuis quelques années, les virus Influenza réémergent et menacent la santé globale. L’Influenza Aviaire Hautement Pathogène (IAHP) touche massivement les oiseaux marins en Europe, une situation inédite. Déjà fragilisées par le changement global, ces espèces sont particulièrement vulnérables en raison de leur reproduction en colonies denses, favorisant la propagation rapide de cette maladie infectieuse. L’IAHP est une maladie infectieuse bien connue, hautement transmissible, affectant les volailles domestiques et les oiseaux sauvages, et dont les virus responsables sont connus pour évoluer rapidement. 

 

Une propagation jusqu’aux zones les plus isolées 

 

Depuis 2022, l’IAHP s’est diffusée à l’échelle mondiale sur l’avifaune sauvage, de l’Atlantique Nord au Pacifique jusqu’à l’Amérique du Sud, atteignant fin 2023 des zones subantarctiques comme la Géorgie du Sud et les îles Malouines. Préservées jusqu’ici, les Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF) ont été touchées à leur tour en 2024 (Clessin et al. 2025 (opens in a new tab)), notamment via des espèces « sentinelles » comme les oiseaux charognards. Cette progression confirme que même les écosystèmes les plus isolés ne sont plus à l’abri, avec un risque élevé de propagation rapide dans ces milieux à forte densité animale. 

 

Focus sur les TAAF : un laboratoire unique au monde

  

Situées dans l’océan Austral, entre Madagascar et l’Antarctique, les TAAF abritent des millions d’oiseaux marins et de Mammifères dans un environnement aussi spectaculaire que fragile. Sur l’île de la Possession (archipel de Crozet), accessible après plusieurs jours de voyage depuis l'île de la Réunion, les scientifiques évoluent dans des conditions difficiles pour étudier et protéger ces écosystèmes. 

 

Des pinguins

© Mathilde Lejeune CNRS/IPEV


Face à l’émergence de l’IAHP en 2023, des programmes de recherche innovants sont menés. Ces territoires, strictement protégés et à présence humaine limitée, sont aujourd’hui des terrains d’étude stratégiques pour anticiper et lutter contre cette épizootie mondiale.

Enjeux du Projet

Pourquoi vacciner les manchots royaux ? 

 

Les manchots royaux sont particulièrement exposés à la grippe aviaire : ils vivent en colonies très denses sur une période prolongée, favorisant ainsi la transmission du virus. 

Le projet repose sur une opportunité scientifique unique : les manchots royaux présentent un cycle de reproduction marqué par une phase d’élevage des poussins, qui sont à terre pendant plus de 300 jours, offrant une fenêtre d’intervention et de suivi particulièrement longue pour un milieu naturel.  

Cette particularité permet, pour la première fois chez une espèce sauvage, de mettre en place une stratégie de vaccination et de suivi à long terme directement sur des individus pendant une période de sensibilité maximale. 

Le Centre d’Écologie Fonctionnelle et Évolutive (CEFE–CNRS), fort de son expertise en éco-épidémiologie des oiseaux marins dans les TAAF (projet ECOPATH – IPEV (opens in a new tab)), exploite cette spécificité pour évaluer une approche de protection inédite en conditions réelles. 

Ainsi, vacciner les poussins de manchots royaux permet de tester une stratégie de prévention proactive dans une population sauvage particulièrement exposée, tout en documentant la réponse immunitaire dans un contexte écologique réel. L'outil vaccinal pourrait être tout particulièrement utile pour des populations encore plus menacées comme des populations plus petites d'autres espèces de manchots ou la population de l'albatros d'Amsterdam.

Problématique scientifique

 

Comment protéger les populations d'oiseaux marins face à l’émergence rapide de l’IAHP, alors que les dynamiques de transmission restent encore mal connues et que ces espèces sont particulièrement sensibles durant la période d’élevage des jeunes ? 

Solution proposée

Un vaccin de dernière génération  

 

Le projet repose sur un vaccin développé par Ceva Santé Animale, conçu à l'origine pour les espèces domestiques et d'élevage, et dont l'efficacité est ici évaluée sur des espèces sauvages. 

Ce vaccin présente plusieurs avantages déterminants dans un contexte zoologique :  

  • TECHNOLOGIE : faible barrière d’espèce et innocuité,  
  • ADAPTATION : souches circulantes actuelles,
  • IMPACT ENVIRONNEMENTAL : sans expression dans l'environnement,
  • PRATICITÉ : volume d'injection réduit, 
  • DIAGNOSTIC : différenciation entre oiseaux vaccinés et infectés (DIVA).

Objectifs du Projet

Ce que le projet cherche à démontrer 

 

  • Évaluer la réponse immunitaire des poussins de manchot royal après vaccination, notamment la production et la persistance des anticorps anti-H5. 
  • Déterminer l’efficacité protectrice du vaccin pendant toute la période critique d’élevage à terre (>300 jours). 
  • Tester, pour la première fois à cette échelle, une stratégie de vaccination préventive sur une population sauvage d’oiseaux marins en conditions naturelles. 

Mise en œuvre du Projet

Les étapes clés 

02/2024

Signature du Partenariat

03/2024

1ère session de vaccination des poussins

03/2025

2ème session de vaccination des poussins

Résultats

Lejeune, M., Tornos, J., Bralet, T., De Pasquale, C., Marçon, E., Massin, P., Grasland, B., Stier, A., & Boulinier, T. (2026). Vaccination against H5 HP avian influenza virus leads to persistent immune response in wild king penguins. Nature Communications, 17(1), 1395. 

Lire l'article (opens in a new tab)

 

  • Réponse immunitaire encourageante : les poussins vaccinés ont développé une réponse immunitaire élevée et durable, avec des taux d'anticorps significatifs tout au long de leur croissance jusqu’à l’envol. 
  • Suivi sécurisé : aucun effet indésirable sur la santé ou la survie n’a été observé durant les 250 jours de suivi sur le terrain. 
  • Un outil adapté à la faune sauvage : la technologie utilisée est spécifiquement conçue pour des interventions en milieu naturel.

Implication de Ceva WRF

Notre rôle dans ce projet  

 

  • Soutien logistique : fourniture et envoi des vaccins et du matériel de vaccination, 
  • Expertise scientifique : accompagnement dans l’élaboration des protocoles de vaccination et de suivi des oiseaux.

Lexique

 Differentiating Infected from Vaccinated Animals : stratégie utilisée en santé animale qui permet de distinguer les animaux infectés de ceux simplement vaccinés, grâce à des vaccins et des tests diagnostiques spécifiques. (Source : WOAH/OIE) 

Se dit d’un vaccin (souvent inactivé ou non réplicatif) dont les composants sont incapables de se multiplier, de se diffuser ou d’être excrétés par l’animal vacciné dans l’environnement. (Source : Agence Européenne des Médicaments)

Une espèce sentinelle est une espèce permettant de détecter précocement la présence d’un risque sanitaire ou environnemental. (Source : OMS)

Epidémiologie qui recherche les déterminants des maladies au niveau « micro » (moléculaire), individuel, et « macro » (socio-environnemental). Identifier à chacun de ces niveaux les processus causals et examiner comment un processus à un niveau (moléculaire ou social) pourrait se manifester à un autre niveau (maladie chez un individu) (Source : INSERM, P. Bizouarn)

Une épizootie est une maladie qui se propage rapidement au sein d’une population animale, de manière comparable à une épidémie chez l’être humain. (Source : OMS)