DIABLE DE TASMANIE
DIABLE DE TASMANIE

Tasmanie – Développer un vaccin pour protéger les diables de Tasmanie contre le cancer de la face

Ce projet mené en Tasmanie vise à développer un vaccin innovant contre un cancer contagieux du diable de Tasmanie, responsable de fortes diminutions des populations sauvages. Il s’agit d’une tumeur faciale transmissible, pour laquelle une stratégie de vaccination orale par appâts est en cours de développement afin d’être déployée en milieu naturel. L’objectif est de permettre une immunisation des animaux directement dans leur environnement, sans capture, grâce à cette approche innovante adaptée aux populations sauvages.

Présentation du Projet

Localisation : Tasmanie, Australie 🇦🇺

Porteur du Projet : Pr. Andrew Flies (opens in a new tab)

Statut :  En cours

Durée  : 4 ans - 2025 à 2029 

Partenaires : 

Contexte

 

Les tumeurs faciales du diable de Tasmanie (Devil Facial Tumour Disease - DFTD) sont des cancers contagieux transmis par morsure, entraînant un déclin majeur des populations sauvages. Depuis leur découverte en 1996, ces maladies ont provoqué une réduction d’environ 80 % des effectifs, qui comptaient auparavant environ 54 000 individus. 
La forme initiale (DFT1) s’est largement propagée à travers la Tasmanie, touchant plus de 90% du territoire. En 2014, une seconde forme indépendante (DFT2) a été identifiée dans une péninsule du sud de l’île. DFT2 a été détectée pour la première fois en dehors de cette zone en 2022, suggérant un risque de diffusion progressive à l’ensemble de la Tasmanie. 


Ces cancers transmissibles ont profondément modifié l’écologie, la génétique et les capacités d’adaptation des diables de Tasmanie. La très faible diversité génétique de la population augmente également la sensibilité des individus à la maladie et peut influencer la réponse à des approches vaccinales antitumorales. 

En parallèle de la DFTD, l’espèce fait face à d’autres pressions majeures, notamment les attaques de chiens domestiques, les collisions avec les véhicules et la perte et fragmentation progressive de son habitat. 

La diminution des populations de diables de Tasmanie sur le territoire a entraîné des déséquilibres écologiques, notamment une baisse de certaines espèces indigènes (comme les bandicoots), liée à une augmentation de la compétition avec les chats féraux

Enjeux du projet

 

L’infection par DFTD entraîne une mortalité extrêmement élevée, estimée à environ 99,5 %, ce qui fait de cette maladie l’une des menaces les plus critiques pour une espèce sauvage. 

La transmission par morsure, combinée à une forte prévalence et à une propagation déjà étendue sur la quasi-totalité de la Tasmanie, rend toute stratégie de contrôle particulièrement complexe. L’absence actuelle d’outils de gestion efficaces contre DFT2 accentue encore l’urgence d’intervention. 

Dans ce contexte, le développement de solutions préventives, notamment vaccinales, représente un enjeu majeur pour la conservation du diable de Tasmanie et la restauration des équilibres écologiques associés. 

Problématique scientifique

DIABLE-TASMANIE-CRAYON.png

 

Comment développer un vaccin efficace pour prévenir la transmission des tumeurs faciales du diable de Tasmanie en conditions de vie sauvage ? 

Solution proposée

Compréhension des mécanismes immunitaires 

 

Le système immunitaire du diable est capable de reconnaître et d'éliminer les cellules tumorales. Des régressions spontanées ont été observées chez des individus sauvages, et certains animaux vaccinés ont montré une réponse antitumorale après stimulation ciblée. Le verrou biologique identifié : les cellules tumorales "se camouflent" en exprimant très peu de molécules de surface (MHC-I) qui permettraient au système immunitaire de les détecter. 

 

Développement d’une stratégie vaccinale adaptée au milieu sauvage 

 

Un premier vaccin à cellules entières a été testé sans succès suffisant en conditions captives et sur le terrain. L'équipe a donc changé de stratégie en 2019 en développant un vaccin oral délivré via des appâts, basé sur un vecteur viral : une approche bien mieux adaptée à la vaccination de populations sauvages en liberté. 

Le vaccin candidat cible deux antigènes : 

• Une protéine MHC-I, présente dans les deux formes de DFTD mais absente (ou rare) chez les diables sains, permettant de forcer le système immunitaire à reconnaître la tumeur comme étrangère,  
• Des néo antigènes (antigènes propres aux cellules tumorales (DFT1)), pour une réponse immunitaire ciblée. 

 

Une innovation majeure  

 

Ce programme représente une avancée potentiellement mondiale : il s’agirait du premier vaccin oral contre un cancer transmissible déployé sur une espèce sauvage, avec pour objectif de prévenir la maladie des tumeurs faciales chez les diables de Tasmanie en milieu naturel.

 

baits.jpg

Appâts utilisés pour l’administration du vaccin oral.

Objectifs du Projet

Ce que le projet cherche à démontrer 

 

Développer et évaluer un vaccin préventif 

- Développer un vaccin capable de prévenir la maladie des tumeurs faciales chez les diables de Tasmanie sauvages, 
- Tester une approche vaccinale orale adaptée aux populations en liberté, 
- Évaluer l’efficacité de la vaccination en conditions réelles. 

 

distributeur d'appâts

     

Optimiser le déploiement et le suivi sur le terrain 

- Intégrer des systèmes intelligents dans les distributeurs d’appâts (en photo ci-contre) pour identifier les animaux déjà vaccinés et optimiser les campagnes de vaccination en temps réel, 
- Mettre en place une surveillance continue des populations afin de détecter l’apparition de nouvelles tumeurs et adapter le vaccin en conséquence. 

 

 

Structurer une stratégie durable de déploiement 

- Appuyer le développement de capacités de production locales afin d’assurer la disponibilité du vaccin sur le long terme,
- Soutenir les centres de recherche et de terrain dans les phases de test et de validation, 
- Déployer progressivement la version 2 du vaccin en milieu sauvage (2028–2029).

Mise en œuvre du Projet

Les étapes clés 

08/2025

Signature du Partenariat

2025

Développement d’un distributeur automatique d’appâts

2026

Vaccin candidat administré par voie orale en conditions réelles

2026

Collaboration avec les sanctuaires et les laboratoires

2027

Intégration de l’intelligence artificielle dans les distributeurs

2027

Appui à la production locale

2027

Vaccination progressive des diables sauvages

Résultats

  • Flies, A. S., Flies, E. J., Fox, S., Gilbert, A., Johnson, S. R., Liu, G.-S., Lyons, A. B., Patchett, A. L., Pemberton, D., & Pye, R. J. (2020). An oral bait vaccination approach for the Tasmanian devil facial tumor diseases. Expert Review of Vaccines, 19(1), 1–10. 
     

Lire l'article (opens in a new tab)

 

  • Kayigwe, A. N., M. Darby, J., Lyons, A. B., L. Patchett, A., Lisowski, L., Liu, G.-S., & S. Flies, A. (2022). A human adenovirus encoding IFN-γ can transduce Tasmanian devil facial tumour cells and upregulate MHC-I. Journal of General Virology, 103(11), 001812. 
     

Lire l'article (opens in a new tab)
 

  • Tovar, C., Pye, R. J., Kreiss, A., Cheng, Y., Brown, G. K., Darby, J., Malley, R. C., Siddle, H. V. T., Skjødt, K., Kaufman, J., Silva, A., Baz Morelli, A., Papenfuss, A. T., Corcoran, L. M., Murphy, J. M., Pearse, M. J., Belov, K., Lyons, A. B., & Woods, G. M. (2017). Regression of devil facial tumour disease following immunotherapy in immunised Tasmanian devils. Scientific Reports, 7, 43827. 

 

Lire l'article (opens in a new tab)

Résumé :

Le principal verrou biologique des DFTD est l’évasion immunitaire via MHC-I, 

Une stimulation ciblée peut restaurer la reconnaissance immunitaire des tumeurs, 

La vaccination est possible et efficace en conditions sauvages réelles, 

La vaccination orale par des appâts est la seule approche réellement scalable pour une population libre.

Implication de Ceva WRF

Notre rôle dans ce projet  

 

  • Soutien financier, 
  • Expertise scientifique : accompagnement sur l’immunologie, le développement du vaccin et la technologie vaccinale, 
  • Suivi opérationnel. 

 

Lexique

Se dit d’animaux domestiques ou issus de domestication qui sont retournés à l’état sauvage et vivent désormais sans intervention humaine. (Source : Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture)

La prévalence est une mesure épidémiologique correspondant à la proportion d’individus atteints d’une maladie dans une population donnée, à un moment précis ou sur une période donnée. (Source : OMS)

Un verrou biologique désigne un mécanisme naturel ou artificiel qui limite ou empêche la transmission, la réplication ou la diffusion d’un agent pathogène ou d’un organisme vivant.(Source : OMS)

Il s’agit de la forme inactivée ou affaiblie de tout ou partie d’un virus ou d’une bactérie, ou encore d’instructions génétiques (ARN ou ADN) qui indiquent aux cellules de l’organisme de fabriquer l’antigène. Les antigènes apprennent à l’organisme à reconnaître les agents pathogènes et à les combattre en cas d’exposition ultérieure. (Source : OMS)