Manchots du cap
Manchots du cap

France – Étudier une nouvelle stratégie vaccinale contre la grippe aviaire chez les oiseaux sauvages

Face à la grippe aviaire, six zoos français, vaccinant déjà leurs oiseaux, testent un nouveau vaccin innovant suite à un changement de réglementation. Une vingtaine d’espèces, dont manchots, rapaces et autruches, participent à cette campagne associée à un programme de recherche scientifique. L’objectif : évaluer l’efficacité et la sécurité du vaccin pour développer une protection durable adaptée aux oiseaux sauvages de parcs zoologiques.

Présentation du Projet

Localisation :  France 🇫🇷

Porteur du Projet : Dr Alexis Lécu  (opens in a new tab)

Statut :  En cours  

Durée : Non définie

Partenaires : 

Contexte

Une épizootie sans précédent en Europe 

 

Depuis 2020, l’Europe est confrontée à une épizootie majeure d’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP), considérée comme la plus importante jamais observée sur le continent. Portée principalement par le virus H5N1 du clade 2.3.4.4b, cette crise affecte non seulement les oiseaux domestiques, mais également, depuis 2022, les populations d’oiseaux sauvages, entraînant la mortalité de plusieurs millions d’individus. 

Selon l'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) et le Centre européen de prévention et de contrôle des maladie (ECDC), la situation se distingue par une extension géographique mondiale, une perte de saisonnalité avec une circulation virale maintenue toute l'année, et une diversification croissante des espèces touchées - y compris de nombreuses espèces sauvages captives. 

 

La situation en France 

 

Selon l'Organisation Mondiale de la Santé Animale (WOAH) et les rapports européens (EFSA/ECDC), la France est particulièrement exposée à la grippe aviaire : 

  • En raison de ses corridors migratoires et de ses zones humides, avec des foyers récurrents détectés depuis 2020,
  • Et par l’exposition de ses parcs zoologiques, en contact direct ou indirect avec l’avifaune sauvage

Les parcs zoologiques présentent effectivement des facteurs de risque spécifiques :  

  • Une forte diversité de taxons
  • La présence d’espèces exotiques sensibles ou menacées
  • Des conditions favorisant la transmission intra-collection

Enjeux

Pourquoi vacciner les oiseaux ?

 

Jusqu’à présent, les zoos français n’avaient accès qu’à un seul vaccin inactivé, utilisé depuis 2006. Les travaux du Dr Mathilde Bosseur (Mise en œuvre et efficacité de la vaccination contre l’influenza aviaire hautement pathogène en parc zoologique) (opens in a new tab) montrent que la réponse vaccinale varie selon le taxon, l’âge et l’historique vaccinal, que des expositions virales peuvent survenir chez des animaux vaccinés, et qu’une circulation virale à bas bruit peut exister, rendant la surveillance sanitaire plus complexe et compliquant les stratégies DIVA (Differentiate Infected from Vaccinated Animals). 

L’évolution récente de la réglementation nationale, entrée en vigueur cet été (note de la DGAL/SDSBEA/2024-145), offre désormais aux zoos l’accès à un vaccin innovant développé par Ceva Santé Animale, ouvrant la voie à ce projet de recherche. 

L’objectif est de : 

  • Protéger les espèces sensibles ou patrimoniales comme les pélicans et les manchots du Cap, et maintenir les réservoirs génétiques, 
  • Limiter les contraintes liées à la biosécurité et au confinement, qui peuvent être stressantes, perturber les comportements naturels des animaux et être contraignantes sur le long terme en nécessitant un effort constant et des ressources importantes. De plus, ces mesures n’offrent aucune protection individuelle : chaque animal reste sensible à la maladie. 
  • Tester des solutions innovantes comme des stratégies vaccinales adaptées aux espèces non domestiques, en explorant des vaccins innovants et en créant des protocoles compatibles avec la réglementation européenne et basée sur la souche circulante 2.3.4.4.b. 

Cependant, chez les oiseaux exotiques, les données d’efficacité et de tolérance restent limitées, et les réponses immunitaires peuvent être très variables selon les taxons

Ce programme de vaccination traduit l’engagement de Ceva Wildlife Research Fund en faveur de la protection des animaux sauvages, en s’appuyant sur la recherche scientifique pour mieux anticiper et prévenir les risques sanitaires qui pèsent sur les oiseaux exotiques.

Pierre-Marie Borne, Directeur de Ceva Wildlife Research Fund

Problématique scientifique

 

Comment optimiser les stratégies vaccinales pour protéger efficacement les oiseaux captifs, homogénéiser les réponses immunitaires et améliorer la surveillance virale, notamment grâce aux nouvelles technologies vaccinales et aux approches DIVA ? 

Solution proposée

Un vaccin de dernière génération  

 

Le projet repose sur un vaccin développé par Ceva Santé Animale, conçu à l'origine pour les espèces domestiques et d'élevage, et dont l'efficacité est ici évaluée sur des espèces exotiques captives. 

Cette technologie présente plusieurs avantages déterminants dans un contexte zoologique :  

  • TECHNOLOGIE : faible barrière d’espèce et innocuité.
  • ADAPTATION : souches circulantes actuelles.
  • IMPACT ENVIRONNEMENTAL : sans expression dans l'environnement.
  • PRATICITÉ : volume d'injection réduit.
  • DIAGNOSTIC : différenciation entre oiseaux vaccinés et infectés (DIVA).
MANCHOT CRAYON

Objectifs du Projet

Le projet soutenu par Ceva Wildlife Research Fund, en collaboration avec l’Association Française des Vétérinaires de Parcs Zoologiques et porté par les parcs zoologiques français :  

  • S’appuie directement sur les limites identifiées en conditions réelles
  • Vise à évaluer et optimiser les stratégies vaccinales en parc zoologique.

Il permet :  

  • La production de données scientifiques multi-espèces en conditions contrôlées
  • L’amélioration des protocoles (dose, rappel, ciblage), 
  • L’évaluation de nouvelles approches vaccinales adaptées aux enjeux actuels.

 

Ce que le projet cherche à démontrer

 

  • Efficacité immunologique 

Évaluer la capacité du vaccin à induire une réponse humorale protectrice, et mesurer la variabilité de cette réponse selon les espèces (rapaces, Ansériformes, Phoenicoptériformes, Pélécaniformes…). Il est également important de noter que le vaccin induit une réponse cellulaire significative en complément, bien que celle-ci ne puisse pas être mesurée à ce jour faute d’outils disponibles. 

  • Sécurité et tolérance 

Vérifier l'absence d'effets indésirables cliniques, notamment sur des espèces sensibles ou menacées. 

  • Applicabilité en conditions réelles 

Valider la faisabilité en contexte zoologique : traçabilité individuelle, marquage, suivi, et conformité avec la réglementation européenne. 

  • Enrichissement des connaissances  

Générer des données sérologiques de référence pour les espèces aviaires non domestiques et contribuer au développement d’un protocole de protection adapté aux espèces exotiques captives face à l’IAHP. 

 

Ce projet s’inscrit pleinement dans une logique de recherche appliquée, à l’interface entre santé animale, conservation et innovation vaccinale. 

Mise en œuvre du Projet

Les étapes clés 

11/2025

Campagne de vaccination

04/2026

Signature du Partenariat

Résultats

Les résultats du projet ne sont pas encore publiés mais le seront prochainement. 

Implication de Ceva WRF

Notre rôle dans ce projet

 

  • Soutien logistique : fourniture des vaccins et du matériel de vaccination, 
  • Expertise scientifique : accompagnement dans l’élaboration des protocoles de vaccination et de suivi des oiseaux, 
  • Prise en charge financière des analyses de laboratoire, 
  • Suivi opérationnel.

Lexique

Une épizootie est une maladie qui se propage rapidement au sein d’une population animale, de manière comparable à une épidémie chez l’être humain. (Source : OMS) 

Espace géographique emprunté de manière régulière par des espèces animales lors de leurs déplacements saisonniers, notamment entre leurs zones de reproduction, d’alimentation et d’hivernage. (Source : Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) 

Unité de classification du vivant, utilisée pour regrouper des organismes ayant des caractéristiques communes. (Source : Littérature en biologie systématique)

Qui se rapporte à la réponse immunitaire humorale, c’est-à-dire la partie du système immunitaire impliquant les anticorps produits par les lymphocytes B et circulant dans les liquides corporels (sang, lymphe). 

Données qui se rapportent notamment aux anticorps étudiés dans le sérum (sérologie), pour une maladie donnée.

Differentiating Infected from Vaccinated Animals : stratégie utilisée en santé animale qui permet de distinguer les animaux infectés de ceux simplement vaccinés, grâce à des vaccins et des tests diagnostiques spécifiques. (Source : WOAH/OIE) 

Ensemble des mesures préventives visant à réduire le risque d’introduction, de propagation et de dissémination d’agents pathogènes (virus, bactéries, parasites) dans les populations animales, humaines ou dans l’environnement. (Source : FAO) 

Se dit d’un vaccin (souvent inactivé ou non réplicatif) dont les composants sont incapables de se multiplier, de se diffuser ou d’être excrétés par l’animal vacciné dans l’environnement. (Source : Agence Européenne des Médicaments)

Type de recherche scientifique visant à produire des connaissances directement utilisables pour résoudre des problèmes concrets (ex : développement de vaccins, amélioration des pratiques médicales ou agricoles). (Source : OCDE)